[FR] Machi Loved

Ya bent bladi… Ajbouni Aynik… Zin Li Fik

Le titre de ce film que j’ai vu dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs 2015 à Cannes rappelle cette célèbre chanson maghrébo-andalouse facilement fredonnable. Après l’avoir vu, ce “bent bladi” prend une toute autre tournure dans ma tête.

Début du film et le ton est déjà donné, en deux secondes on comprend vite qu’il s’agit d’une orgie dans un palais saoudien de Marrakech. Trois prostituées y sont conduites en voiture par ce qui on comprend être leur chauffeur mais surtout leur « homme de main ».
La scène suivante montre une dizaine de filles mangeant un couscous ensemble et donnant leurs affaires personnelles à une femme un peu plus mûre qui leur donne les tarifs de chaque prestation. Elles se monnayent à 1000 Dhs jusqu’à 3000 pour la danse et 6000 pour la coucherie (je déteste le terme “passe”). S’en suit la fameuse scène déjà dévoilée où les filles dansent pour les quelques saoudiens présents. Ces derniers les regardent avec un air assoiffé de chair, verres et cigarettes à la main.

Image d'une scène du film où les Saoudiens couvrent de billets les prostituées marocaines pendant qu'elles dansent.
Image d’une scène du film où les Saoudiens couvrent de billets les prostituées Marocaines pendant qu’elles dansent.

Dans ce film, il y’a eu des scènes qui m’ont touchée, bercée, émue et donnée la chair de poule parfois, non par leur dureté mais par leur véracité. La scène qui m’a le plus touchée (SPOIL ALERT) est celle où Noha, l’actrice principale va rendre visite à sa mère et où on aperçoit un petit garçon qui s’approche d’elle puis lui fait un câlin juste après que sa grand-mère aie lancé un “ fais un bisou à ta maman”. Le plus touchant est que c’est le petit qui entreprend tout geste d’affection envers sa mère sans que celle ci ne lui rende. Comme si ce lien maternel qui les unissait s’était irrémédiablement brisé.

La scène la plus poignante à mon ressenti est sans aucun doute celle qui se passe dans un commissariat de police. Noha négocie avec un flic qui a apparemment “l’habitude” d’avoir des rapports sexuels avec elle. Elle négocie contre une plainte portée par les Saoudiens à l’encontre des prostituées car Noha, en signe de contestation après que Randa se soit fait tabasser par un saoudien, est allée jeter des bouteilles de verre au pied de leur palais.  Le flic demande à un officier de fermer la porte de son bureau et il se retrouve seul avec Noha, elle, esquisse un “je n’ai pas envie de coucher avec toi” mais le flic la prend par les cheveux et s’en suit une scène de viol des plus abjectes.
Scène qui témoigne de la réalité de ces viols de prostituées banalisés car « elles donnent déjà leurs corps ». Le flic lui fait bien comprendre qu’elle n’a aucun droit, elle l’a « pute » doit fermer sa gueule quand ses droits sont bafoués tandis que les saoudiens eux, ont de l’argent et peuvent donc décider de la justice de ce pays. (Logique nationale)

Cinéma Vs Réalité des femmes marocaines

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Loubna Abidar, actrice principale du film, dit dans une interview qu’un jour elle se voit repentie. La journaliste lui demande alors si elle ressent qu’elle commet un péché en faisant des films où elle parait dénudée, l’actrice lui répond qu’elle ressent  effectivement une forme de culpabilité à cause de son métier car, je cite « elle est privée d’une partie de sa famille à cause de son audace et de ses idées ».

Cette interview m’a profondément bouleversée et c’est exactement ce qu’il fallait pour prouver la réalité des scènes filmées dans Much Loved. Dans le film, après sa nuit de travail, Noha va rendre visite à sa famille (famille qu’elle nourrit par ailleurs). En rentrant, l’accueil n’est pas vraiment chaleureux, sa mère lui fait d’ailleurs clairement comprendre à la fin qu’elle ne doit plus poser les pieds chez elle parce que les voisins « parlent ».

Au Maroc,les femmes ne sont clairement pas des citoyennes à part entière, leurs droits sont totalement  tributaires de leur choix de vie et non de leurs statut d’être humain et c’est ce que le film montre aussi.

>> Interview Loubna Abidar

#BreakingNews

C’est en écrivant cet article que la foudre tomba et que j’appris la censure du film par le ministère de la communication avant même que le réalisateur ne demande un visa d’exploitation et cela pour “outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine, et une atteinte flagrante à l’image du royaume ». Rien que ça !
J’allais justement écrire qu’après avoir vu le film, mes doutes étaient inexistants concernant sa censure au Maroc, pas plus à cause des innombrables scènes de sexe assez explicites mais surtout pour cette réalité qu’il expose explicitement sans l’estomper par un quelconque Blush Terra Cota et ça, ça dérange profondément les marocains. Ces marocains qui connaissent la réalité de leur pays mais qui préfèrent la cacher, ne pas en parler, comme si le temps allait guérir ses maux. Comme si le temps allait donner à une prostituée le choix de faire ce qu’elle fait par plaisir/ d’arrête et cela sans contrainte aucune de pauvreté que dis-je misère ou de pression sociale.

Car c’est ça la véritable définition de la liberté, de pouvoir faire ses choix sans contrainte aucune, sans être assujetti ni dépendant d’aucune personne ni d’aucune chose et pour aller un peu plus loin, d’aucune idéologie, mais ça c’est un autre débat.
Sauf que la liberté comme le respect n’existent pas ou très peu chez nous, grand défaut de notre éducation qui laisse tant à désirer et qui se targue quand même d’être musulmane. Alors que, sachez-le, les valeurs de l’Islam sont justement celles qui permettent à quelqu’un d’être libre, non contraint de quoi que ce soit et surtout d’être respecté! En regardant la vidéo d’un imam aujourd’hui qui pendant son prêche insultait littéralement Nabil Ayouch et tous les acteurs du film. J’ai ressenti du dégoût pour ce qu’est devenu la morale musulmane et marocaine aujourd’hui. Une propagation gratuite de haine, beaucoup de haine.

Avec toutes les valeurs magnifiques que la religion peut enseigner à travers le coran, la culture du mérite, du respect, du travail, de l’honnêteté , ils choisissent de faire tout le contraire ne font que condamner à longueur de temps, comme si la religion musulmane se limitait à cette dualité de Halal/ Haram.

Chers religieux marocains, vous représentez l’Islam et le Maroc et sachez que vous salissez leurs deux images et que c’est un péché.

Nabil Ayouch , un amoureux du Maroc

Eh oui, ce n’est pas mon genre mais je fais malgré moi l’apologie du travail de Nabil Ayouch car après avoir lu la déferlante de critiques et d’insultes sur les réseaux sociaux et même la création de page Facebook incitant à sa mise à mort (Où sommes-nous?), j’ai décidé d’en savoir un peu plus sur le personnage et son oeuvre, moi qui pensais déjà bien le connaître et avoir vu la moitié de ses films. Je découvre ainsi, loin du compte, qu’il a réalisé une dizaine de films, souvent primés dans les quatre coins du monde depuis les années 90.

Je pense vraiment que Nabil Ayouch peut se targuer de connaître assez la société marocaine dans ses innombrables facettes. Il peut fidèlement en parler et la montrer, lui. D’autant plus qu’il expérimente le terrain avant la réalisation de chacun de ses films. Les exemples les plus célèbres étant Ali Taoua et les Chevaux de Dieu (Courez le voir si ce n’est pas deja fait!). Dans Ali Zaoua, il dévoile en 2001 le quotidien déroutant des enfants de la rue, film qui a d’ailleurs donné son nom à une fondation créée conjointement par Nabil Ayouch et Mahi Binebine en 2009 et qui a notamment permis la construction du centre culturel “Les étoiles de Sidi Moumen”  dont le but est d’instaurer un espace de culture et d’arts dans ce quartier de Casablanca. Ce quartier qui a été ravagé par une série de cinq attentats le 16 Mai 2003 faisant 41 morts et une centaine de blessés et dont les kamikazes étaient des enfants du quartier. Un évènement dont Nabil Ayouch s’est emparé pour faire son 9ème film nominé aux Oscars et qui m’a personnellement donné la chair de poule. Un film retraçant donc l’histoire de ces enfants endoctrinés et vivant dans une misère qui ne leur laisse guère de place au discernement.

Les films de Nabil Ayouch reflètent une réalité marocaine dure, brutale et sale que certains marocains préfèrent voiler et ranger dans une case appelée déni.
Ne parlons pas de My Land, ce documentaire émouvant où Nabil Ayouch se fait l’intermédiaire de “rencontres” naïves entre Israéliens et Palestiniens réfugiés au Liban.

Qu’il fasse des films engagés ou pas, ce réalisateur a toujours su me toucher et me prouver son regard bienveillant sur une société marocaine qui a grandement besoin de s’assumer le plus vite possible, car je ne supporte plus de voir naître une jeunesse (dont je fais partie ) hypocrite, schizophrène jusqu’au ongles et qui n’assume ni ce qu’elle fait ni ce qu’elle ne fait pas d’ailleurs, faudrait-il encore qu’elle soit sensible aux maux sociaux qui l’entoure.

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